Présentation

 

Bonjour à tous.

Je suis consciente que publier un roman très personnel sur Internet pourrait me causer quelques désagréments, cependant je me décide enfin à le mettre en ligne sur un site très actif, car celui que j'utilisais avant n'est plus disponible.


Je ne vous demande pas d'aimer mon histoire ou mon style d'écriture, mais si vous êtes prêts à me faire des commentaires, faites en sorte qu'ils soient utiles et construits.


(Toute forme de paroles insultantes ne sera pas validée)

 

Merci de votre attention

 

Message à mes proches:

Cette histoire a été entièrement imaginée à une époque où je pétais les plombs car ma vie sociale était assez catastrophique et ma seule envie était de m'évader. L'histoire débute à peu près à la période à laquelle je suis actuellement, j'ai 16 ans. Mais je vais beaucoup mieux moralement qu'à l'époque !

Si j'ai effacé tous mes amis du roman, ce n'est pas contre eux au contraire, c'est parce que je les aime et que je ne veux pas effleurer l'idée de pouvoir les abandonner... (mes parents furent la seule exception!).

Je vous souhaite à présent à tous une excellente lecture...

vendredi 10 avril 2009 21:22


#

Blog de stella06 :Ultimate Magneta, #

 

 

Première partie


 

 

Une nouvelle vie

 

 

 

 

 

 

samedi 11 avril 2009 15:32 , dans Parties


Chapitre 1


 

 

Il y a des jours comme ceux-làs où je me sentais inutile et inexistante. Des jours où il m'aurait plu de disparaître de la surface de la Terre. J'étais assise dans ma voiture et je me laissais hypnotiser par les lignes blanches qui défilaient sur la route. Bientôt, celles-ci me donnèrent le tournis. A l'avant de la voiture, mes parents étaient lancée dans une conversation mouvementée que l'on peut aussi nommer dispute. J'avoue que j'en avais plus qu'assez, et j'étais prête à tout pour les arrêter. Dans le reflet de la vitre, je contemplais mes yeux tristes.

" Pourquoi les personnages de tes dessins ont-ils toujours l'air aussi triste ? "

Me demandait ma mère à chaque fois que je lui présentais une nouvelle création. A ces mots, je haussais les épaules et retournais dans ma chambre, envisageant de faire à nouveau un dessin expressivement malheureux. J'aimais tracer le malheur sur le papier, juste pour m'enlever un peu du mien. Oh, très peu bien sûr, le reste je le gardais pour moi ! J'étais lassée de ma vie, je souhaitais m'envoler et m'évader. Le drame qui suivit m'en donna l'occasion.

Notre voiture percuta quelque chose, sans que je puisse déterminer quoi. Mon front qui était collé à la vitre la quitta pour la percuter de plein fouet, provoquant une insupportable douleur sur mon front. Puis je fus affreusement secouée. Même si j'avais tenté de comprendre ce qui m'arrivait, je n'y serais pas parvenue.

Je perdis connaissance.

 

 

Je me suis réveillé au soir, mais j'aurais préféré que jamais ça ne se produise et tomber dans un coma profond plutôt que d'apprendre ce qui venait de m'arriver. Je me trouvais dans un endroit blanc, presque fluorescent et très fatiguant pour les yeux. Une femme en blanc elle aussi était occupée à ranger des médicaments dans une petite table proche de mon lit. Je réalisais alors que c'était une infirmière. M'apercevant éveillée, elle s'approcha de moi en souriant.

"- Alors, ça va mieux ma grande ?

- Pas trop."

Je n'étais pas du genre à me plaindre d'un mal de tête car j'étais souvent victime de migraines, mais celui-ci était sur une échelle si élevée que je me sentais vraiment très mal. Cependant, j'essayais de ne pas y faire attention et de demander à l'infirmière pourquoi je me trouvais ici.

"- Si je me souviens bien, tu es miraculée d'un accident de voiture.

- Et mes parents ?"

Son sourire disparu et elle prit une teinte aussi pâle que sa blouse. Elle paraissait très embêtée.

"- Pour ça, je ne sais pas. Il faudra que tu demandes au médecin. Si tu veux je lui demanderais de passer très vite te voir !"

Je hochais la tête et demandais un calmant pour me douleurs crâniennes. Quelques minutes plus tard, je buvais avidement le verre contenant un médicament qu'elle m'apportait. Elle disparu ensuite, trouvant comme prétexte de me laisser me reposer.

Mais je ne ressentais aucune fatigue, et je décidais de m'aventurer hors de ma chambre d'hôpital. Je portais une chemise nuit, ce qui me gêna assez car quelqu'un avait dû me déshabiller. Mes vêtements étaient posés près de la fenêtre. Je les saisis, m'habillais et quittais ma chambre. Les couloirs étaient pleins de mouvements, et j'avais l'impression de me retrouver dans une fourmilière grandeur nature. Je devais me trouver dans l'hôpital récemment construit à la sortie de ma ville. C'était bien la première fois que je me retrouvais à être patiente dans un hôpital. Pour gagner du temps, je pénétrais dans un ascenseur et le laissait me descendre de quelques étages. En sortant, je m'agrippais au mur du couloir à cause du tournis. Les ascenseurs me faisaient souvent cet effet-là...

Ici, je me sentais à la fois libre et anxieuse. Je ne savais pas où aller mais peu importe, j'aime déambuler dans les grands espaces inconnus. J'ai ainsi l'impression d'être en repérage pour une mission de survie. Je folâtrais alors, cherchant je-ne-sais-quoi, peut-être la chambre de mes parents. Cependant, ils restaient introuvables et je m'en inquiétais. Mais pour me rassurer, je pensais à l'immensité des lieux et à ma faible chance de les retrouver par mes propres moyens. Soudain, un visage familier m'apparu: Celui d'un distributeur de gourmandises chocolatées. Je m'en approchais et me mis à fouiller mes poches pour trouver quelques pièces à glisser dans la fente. Elles y entrèrent dans un chant métallique avant de m'offrir en contre-parti, un réconfort au chocolat que je dégustais après m'être assise sur une chaise. Visiblement, je me trouvais dans le hall de l'établissement, ce devait être une salle d'attente. J'engloutissais ma barre en reprenant mes esprits, et en me posant diverses questions:

Comment je suis arrivée jusqu'ici ? Que s'est-il passé ? Où sont papa et maman ? Rhaaa, et surtout, pourquoi ai-je si mal au crâne ?

Plongée dans mes réflexions, je ne m'aperçus pas immédiatement qu'on tentait de m'adresser la parole.

"- Salut !" A-t-on dit.

Je sursautais jusqu'au plafond. Un jeune homme blond était à présent assis à mes côtés alors que je ne l'avais même pas vu arriver, et encore moins s'installer sur la chaise la plus proche. Il me souriait radieusement.

"- Tu vas bien ?"

Au lieu de lui répondre, je me mis à me masser les tempes car ma tête me faisait toujours souffrir. J'inspirais profondément avant de le regarder.

"- J'ai vraiment connu mieux !

- Evidemment !" M'a-t-il répondu.

Son affirmation me surpris.

"- Et pourquoi donc ?

- Si tu allais bien tu ne serais pas ici. Pourtant tu n'as pas l'air malade ! C'est un de tes proches qui est hospitalisé ? 

- C'est ça." Répondis-je sans réfléchir.

Je n'avais pas de raison de mentir en fait, cela n'avait aucun intérêt sinon celui de me détendre.

"- En fait je cherche mes parents, mais j'ai aucune idée d'où sont leurs chambres...

- Tu n'as qu'à te renseigner à l'accueil. Il n'y a rien de plus simple !" Conseilla-t-il.

Je me retrouvais tenaillée. Il attendait que je fasse ce qu'il m'avais dit, mais moi je n'y tenais pas plus que ça, et pour une seule raison :

Le genre de femme qui se tenait derrière son ordinateur avait un air supérieur et me rabrouerait dès que je prononcerai un mot. Cela ne m'enchantais pas du tout !

C'est le peu de fierté qu'il me restait qui me poussa à aller la voir. Plus je m'approchais et plus je pouvais distinguer des cheveux châtains parsemés de mèches blondes et de yeux bleus ét froids qui se levaient parfois sur l'écran lumineux. Comme je l'avais prédit, elle me dévisagea passivement dès que je lui adressais un bonjour du plus convainquant possible.

Les secondes passaient, et je m'embrouillais dans mes explications confuses. Et elle, me détaillais de façon si impolie que j'avais du mal à rester calme. Elle devait penser :

"C'est quoi cette gosse qui ose m'adresser la parole ? J'aurais honte à sa place d'avoir les cheveux aussi bruns et les hanches si volumineuses, ah par contre sa poitrine j'aimerais bien, elle en a de la chance la sale...."

Je me sentais mal.

"- Ben ça m'dit rien. Ils sont de ta famille ?

- Oui, en effet ! Tentais-je d'affirmer à nouveau en restant presque patiente.

- Nan j'vois personne à ce nom-là à part une jeune fille arrivée ce matin. "Miraculée d'un accident de la route, seule survivante des trois passagers" qu'y a d'écrit !"

Elle me regarda, comme pour me demander si cette information me convenait. Si j'avais pu ouvrir la bouche, elle aurait su que non.

"- Ben ça va pas ?" S'affola-t-elle soudain.

Il y avait de quoi. Mes jambes venaient de m'abandonner et c'est sans un bruit que je m'effondrais au sol.

Des cris.

Des pas précipités vers moi.

Un bourdonnement.

Ce fichu mal de tête.

Et parmi tous ces inconnus, un visage à la crinière blonde qui m'observait.

Je perdis connaissance.

 

 

En me réveillant à nouveau dans cette même chambre, avec cette même chemise de nuit, je crus tout d'abord être revenue dans le passé. Mais la personne présente dans la pièce semblait plutôt être un médecin. Il était assis sur une chaise en face de mon lit et écrivait sur un petit bloc-notes, mais je m'en fichais bien ! Il leva les yeux sur moi quand je tournais la tête dans sa direction. Je plantais alors mes yeux dans les siens pour lui poser une question muette. A mon grand soulagement, il comprit sans que j'aie besoin d'ouvrir la bouche. Il hocha la tête.

"- Oui, tes parents sont morts. Je suis désolé."

Des larmes coulèrent silencieusement sur mes joues et dans sanglots secouèrent bientôt tout mon corps. J'avais grandi de plusieurs années en quelques heures et un mot me frappa et se tatoua à jamais dans mon esprit.

Orpheline.

Dans le silence le plus respecteux, le médecin quitta la pièce.

 

 

samedi 11 avril 2009 15:41 , dans Chapitres


Chapitre 2

 

 

- Que veux-tu ? Demandais-je dans le vide.

Pas vraiment dans le vide. En fait, j’avais un locuteur, sauf que pour l’instant, il se cachait contre le mur du couloir, pensant que je n’avais pas deviné pas sa présence. C’était peine perdue avec moi. Mes sens affûtés l’avaient détecté, même si j’ignorais de qui il s’agissait. Il fit un pas dans la pièce. C’était le jeune homme blond qui m’avait adressé la parole hier. Je me sentis un peu gênée de mes yeux rouges et démaquillés par les pleurs, mais après tout, j’avais une excuse. Apprendre qu’on est  orphelin est une raison suffisante pour avoir pleuré toute la nuit.

Il ne semblait pas s’attarder sur mon apparence, après tout, il était très pâle lui aussi. Ses cheveux étaient fortement ébouriffés et ses avant-bras parsemés de petits trous, laissant sans doutes la trace de nombreuses prises de sang. Comme il ne répondait pas à ma question, je fermis les yeux. Je me sentais faible, j’avais refusé de prendre mon petit déjeuner et à présent, je  le regrettais. Quand j’entrouvris de nouveau mes yeux, il était tout proche de moi. Je me rendis soudain compte que j’avais toujours horriblement mal à la tête. Je m’étais simplement habituée à la douleur. Et lui, qui me fixait encore. Je me pris au défi de planter mes yeux dans les siens. Quand il comprit, il fit de même. Notre jeu dura dix minutes. Au bout de ce temps, je me rendis compte qu’il commençait à faiblir. Son corps était parsemé de sursauts et il tremblait légèrement.

- Viens t’asseoir, proposais-je en désignant la chaise placée près de mon lit.

Il accepta mon offre en s’installant à l’endroit cité. Alors, je me sentis moins seule. Je n’étais plus seule avec ce garçon à mes côtés. Il était silencieux, et c’est ce que je voulais. Il ne bougeait pas, ne posait pas de questions et ne m’embêtait pas. Seulement…

Il y avait un regard, qui me gênait plus que tout. Pas un regard froid ou mauvais. Simplement le regard que peut porter un adolescent sur une adolescente.

Soudain, je me sentis mal. Pourquoi ne parlait-il pas ? Fallait-il que ce soit moi qui engage la conversation ?

Oui.                                                                                                                         

- C’est quoi ton nom ?

Ma voix un peu rauque me surpris moi-même.

- Ben…Heu…

Je tournais la tête vers lui, qui avait commencé à me répondre. Je vis qu’il se concentrait intensément pour trouver réponse à mon interrogation. Il toussa, rougit, me regarda. Moi aussi je le regardais. Avec des yeux tous ronds sans doute. Pourquoi mettait-il tant de temps à se rappeler son prénom ?

- Quelque chose ne va pas ? Questionnais-je.

Il me sembla reconnaissant.

- Je…des troubles mémoriels. C’est pour ça que… je suis là.

Je lui souris gentiment. Des troubles mémoriels ??? Ce devait être embêtant pour suivre les cours au lycée.

Il me fixa encore. Je le trouvais gentil, mais c’était assez gênant. Jusqu’à ce qu’il me dise :

- Ben, je vais devoir y aller. L’infirmière se pointe toujours à cette heure-là !

J’ironisais :

- Des troubles de la mémoire ?

Il haussa les épaules.

- C’est assez instable. Je me souviens de certaines choses, d’autres, non.

- Ok…Alors vas-y Champion !

J’utilisais toujours cette altercation pour faire réagir les garçons.

Il se leva, troublé et me jeta un regard plein d’espoir.

- On se revoit bientôt ?

- Bien sûr, on est voisins non ?

Il hocha la tête et quitta la pièce. Je pus à nouveau respirer.

 

 

Nous nous recroisâmes peu de temps après, quand les infirmières m’autorisèrent à quitter ma chambre malgré mon mal de tête. Elles avaient fini par s’habituer au fait que je me plaigne souvent de ces maux. Moi, je ne m’en accommodais pas. Mais ce que je supportais encore moins que les douleurs, c’était de rester immobile. Au bout d’un couloir, nous tombâmes nez à nez. Lui plus pâle que d’habitude avec ses grosses cernes violettes eut soudain le visage illuminé.

- Toi ! Te voilà !

Je lui souris largement, ce qui lui fit plaisir. Au moins, il y avait quelqu’un qui me comprenait. Pas une bête infirmière avec ses faux sourires gentils. C’était Lui. Cela ne me gênait pas qu’il ne parvienne à se souvenir comment il s’appelle. J’aimais l’idée qu’il puisse ne pas avoir de nom après tout !

- En fait, j’allais aux toilettes, ai-je dit, tu viens ?

Il accepta avec enthousiasme. A quel point fallait-il être mal pour accompagner une fille comme moi jusqu’ aux toilettes ? Pendant que nous marchions, je ne pus m’empêcher de le détailler. Il avait l’air d’avoir une santé tellement fragile… A côté de lui, je pouvais paraître robuste ! MOI ! Bien que ça ne soit pas excellent pour son moral, je me renseignais sur toutes les causes qui justifiaient sa présence en cet hôpital. Il baissa la tête avant de me dire :

- Tu l’as remarqué, j’ai des pertes de mémoire depuis quelques temps. C’est plutôt gênant dans la vie de tous les jours, alors pour l’instant je reste ici, le temps qu’ils déterminent la cause et le traitement de ces anomalies cérébrales.

Je remarquais qu’il parlait drôlement bien pour un adolescent. Ce n’était pas le genre de garçons à placer des « cool » « relou » ou « grave » entre chaque mot. Ses phrases étaient réfléchies, et il faisait attention à chaque mot qu’il prononçait. Même moi à côté, qui suis plutôt littéraire, je ne faisais pas autant attention à mon langage quotidien. 

- J’avoue que ça me fait peur, poursuivit-il. Je ne sais pas si je retournerais un jour au lycée.

Je sentis soudain ses doigts glacés chercher les miens. Cela me déconcerta. Est-ce qu’il voulait du réconfort, ou se rapprocher de moi ?

- Ah ! Nous on y est ! Fis-je en l’esquivant de justesse. Tu m’attends hein ?

Il ne répondit pas, mais je savais qu’il ne s’éloignerait pas. Une fois dans les  toilettes, je me passais de l’eau sur le visage, le cou et les tempes. J’avais mal. Comment allais-je me  débarrasser de ces douleurs crâniennes ? J’en avais parlé plusieurs fois au médecin, ce qui l’avait inquiété, mais il n’avait toujours pas de solution. J’avais vraiment très mal. Je sentis alors que je perdais lentement connaissance. J’essayais de garder les yeux ouverts mais rien n’y fit. Une fois de plus, je m’effondrais au sol.

 

 

J’avais les joues qui chauffaient. On me frappait le visage en criant des murmures. Sur la défensive, je me relevais d’un bond pour riposter à mon agresseur. Il fut surpris par mon coup et s’effondra au sol. C’était le garçon sans nom ! Je me redressais lentement vers lui et l’attrapais par les cheveux.

- Pourquoi tu me tapais ??? Répond !!!

- Tu…t’étais évanouie, je…

- Oh, merde !

J’avais cru qu’il m’attaquait, au lieu de ça, il essayait en fait de me faire reprendre connaissance. Je me sentis minable.

- Pardon je suis…désolée, vraiment.

Dans la confusion, je l’aidais à se relever. Il avait un gros bleu sur la joue. Moi et ma foutue force ! Je me détestais.

- Pas grave, pas grave.

- Non je…Pardon, pardon ! Mais qu’est-ce que je peux faire pour que tu me pardonnes cette connerie ?

Soudain, je reconnus le regard que j’avais pu observer quelques temps auparavant. Moi dans mon lit, lui assis sur cette chaise que je lui avais désignée. Ce regard pénétrant. Il s’approcha et je pris peur malgré moi. Je savais ce qu’il avait dans la tête, et ça me faisait peur. Il s’avança tout près de moi, posa ses mains sur ses épaules, et tout doucement, se rapprocha encore. J’étais pétrifiée, et c’est ainsi qu’il m’embrassa. Contrairement à ce que je pensais, c’était très doux, et je me laissais faire volontiers. Il continua ainsi pendant quelques secondes auxquelles je mis fin en me détachant délicatement de lui.

- C’est bon ?

Il opina, mais je le sentais envieux de recommencer. Pourtant, malgré toute l’affection que je lui portais, je ne le souhaitais pas. Je regagnais ma chambre seule, pour réfléchir. Sans doute en avais-je besoin…

 

 

lundi 13 avril 2009 18:38 , dans Chapitres


Chapitre 3

- Stella ?

Génial. Je détestais cette infirmière avec son air de cruche, et qu’est-ce qu’elle me voulait ?

- Quoi ?

Apparemment, elle avait senti mon agacement. Tant mieux !

- Le…le Docteur Bertrand voudrait te voir…

- Et y peut pas venir par lui-même ?

J’avais décidé de la mettre dans une situation délicate, et j’avais réussi !

- Je suis désolée…mais il insiste pour te voir dans son bureau.

Je soupirais largement avant de repousser les couvertures de mon lit. J’avais souvent froid dans cet hôpital. Puis je suivis l’infirmière qui empreinta l’ascenseur. Je traînais les pieds, et descendis ma courte chemise de nuit sur mes cuisses. L’idée de me retrouver seule dans un bureau avec un homme (aussi docteur soit-il) ne me plaisait pas vraiment. Enfin, mon guide toqua à une porte. Probablement le bureau de Mr Bertrand…

- Entrez ! Tonna-t-on.

L’infirmière s’effaça pour me laisser passer, ce que je fis à contrecœur. Le médecin se tenait debout derrière son bureau où régnait un parfait fouillis. Dans toute la pièce, il y avait des dizaines d’étagères, avec des tiroirs ouverts d’où dépassaient une paperasse écrasante. Je reportais mon attention sur Mr Bertrand. Il était débraillé, la chemise dépassant du pantalon, les lunettes négligemment  posées sur le nez, l’air dépourvu, il souriait maladroitement. C’est alors que je compris que nous n’étions pas seuls dans le bureau…

 

 

En effet, il y avait un autre homme, âgé certainement de la quarantaine. Dans un costume noir trop serré et une cravate, noire aussi. Son crâne était largement exposé à la calvitie, et il avait de grosses lunettes d’un goût esthétique vraiment dépassé. Immédiatement, je l’ai détesté. Il s’avança tout de même en tendant la main vers moi. J’avoue que j’eus un instinctif mouvement de recul.

- Mlle Jaimond ! Je me présente, Michel Martin, juge pour enfants.

Ce que j’entendis ne m’encouragea pas à lui serrer la main, pourtant, il semblait attendre que je le fasse. Comme je croisais les bras sur ma poitrine, il renonça.

- Asseyons-nous, poursuivit-il, Mr Bertrand a accepté que je gère cet entretien dans son bureau.

Ce dernier hocha la tête et proposa une chaise au monsieur en noir, puis à moi. Mais je ne m’assis pas. J’attendais, les bras croisés. Et je regardais ces deux hommes qui m’observaient, incrédules devant mon manque de politesse. Dans une situation normale, j’aurais rougi et je me serais assise en bégayant une excuse. Mais je n’étais pas dans une situation normale, j’avais perdu mes parents, faisant ainsi définitivement une croix sur mon enfance.  Et sur ma peur de la société. Rien ne pourrait jamais m’arriver de pire.

- Bien, fit le petit homme en costume noir en saisissant une mallette noire. Nous allons devoir parler de votre avenir, si vous le voulez bien.

C’est ça. J’aurais l’air fine de refuser !

- Toutes les choses que j’ai à vous dire ne seront, je le crains, guère agréables à entendre.

Il sorti un mouchoir en tissu de sa poche et essuya quelques gouttes de sueur faisant luire son crâne à moitié chauve.

- Ce que je vous demande, c’est de ne pas y aller par quatre chemins. Sifflais-je.

Mr Martin redressa la tête vers moi, visiblement surpris de m’entendre prononcer des mots. Oui, ça m’arrive même à moi de parler, cher monsieur !

- Mais que…

- Je veux que vous m’annonciez ce que vous avez à me dire sans faire mille courbettes. J’ai perdu mes parents, alors j’aimerais qu’on soit sincère avec moi et qu’on arrête de me traiter comme une gamine.

Bizarrement, j’avais prononcé tout ça d’une traite, et sans avoir la voix qui tremble. Le plus troublé, c’était encore monsieur Martin, qui me dévisageait sans comprendre la tirade que je lui avais lancée. Quand au docteur Bertrand, il m’observait, comme si j’étais un légume au cerveau développé dont on aimerait bien réaliser une étude approfondie. Désormais maîtresse de la situation, je m’assis la tête haute, supérieure. J’étais au-dessus d’eux.

- Je vous écoute, monsieur.

Il resta silencieux quelques instants, puis il se reprit. Je l’avais agacé, et il décida d’être direct et froid.

- Nous avons plusieurs formalités à régler, comme par exemple, votre placement en foyer d’enfants.

Je n’en croyais pas mes oreilles.

- Je ne suis plus une enfant, je vous l’ai d…

- Au yeux de la loi, vous êtes un enfant tant que vous n’aurez pas atteint la majorité !

- Je m’en fiche de la loi ! Il me reste bien de la famille chez qui je peux habiter !!!!

- Non.

Cette réponse m’exaspéra, et j’étais à deux doigts de lui foncer dedans.

- J’ai quand même le choix de vivre chez des gens de ma famille !!!

- Nous ignorons tout de vos parents.

Je ne comprenais pas ce qu’il disait. Je ne comprenais pas et ça m’énervait, je voulais qu’on m’explique, qu’on se justifie, et non qu’on me traite comme un petit objet à qui on parle mal !

Pendant ce temps, Monsieur Martin et  le Docteur Bertrand se jetaient des coups d’oeils entendus.

- Elle ne sait rien. Dit simplement le Docteur pour ma défense.

Le magistrat hocha la tête. Il semblait d’accord, et moi je ne comprenais toujours pas.

- QUOI ? Hurlais-je.

J’avais perdu mon calme et le peu de raison qui me restait. J’étais complètement hystérique. Après tout, je voulais juste des réponses !

- Mlle Jaimond. Vous êtes une enfant adoptée.

Je n’ai rien dit, mais les larmes on jailli de mes yeux. Les deux hommes étaient silencieux. Alors d’un bond, je me levais et me jetais sur la porte d’entrée. Ils n’eurent pas le temps de réagir que j’étais déjà dehors. La vitre de la porte se brisa lorsque je la claquais violemment. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à courir. Je courrais comme une malade dans un hôpital rempli de gens malades. Mais nous ne souffrions pas de la même manière. Je me demandais qui avait le plus mal. Les gens atteints physiquement, ou moralement…

Je courrais droit, les pieds nus. Les infirmières qui me voyaient passer essayaient de me retenir par le bras, la chemise, mais je les giflais sans ménagement pour les écarter de mon chemin. Soudain, un choc. Je roulais à terre, me recroquevillant sur moi-même. Je pleurais à chaudes larmes, et c’est alors que j’ai entendu cette voix :

 - Stella.

Immédiatement, je me blottis contre le garçon blond, dans l’attente d’un peu de réconfort. Il me recueilli dans ses bras que tout à coup je ne trouvais plus frêles, mais sécurisants. Il émanait de lui une telle force que je m’abandonnais contre son corps, sous le regard des gens dans le couloir. Ils semblaient à la fois choqués et émus, mais en même temps, je me fichais bien d’eux. En cet instant, j’avais trouvé quelqu’un qui se préoccupait vraiment de moi.

Après avoir passé des minutes à me consoler, il me souleva et me soutint dans ses bras. D’un pas lent et clopinant, nous regagnîmes ma chambre où il me coucha dans mon lit et me recouvris de couvertures. Il s’assit près de moi et resta à mes côtés jusqu’à ce que je m’endorme.

 

 

Plus tard, j’émergeais brusquement du sommeil en entendant des bruits devant la porte de ma chambre. On disait :

- Laissez-moi les documents ici. Je pense que cala vaut mieux.

Un silence, puis une voix plus désagréable répondit :

- Vous avez sans doute raison, mais administrativement, je doute que ce soit la bonne solution…

- Sans vouloir vous manquer de respect, je crois qu’elle s’en fiche.

Je n’en entendis pas plus car déjà, les songes m’avaient reprise.

lundi 13 avril 2009 19:00 , dans Chapitres


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